Serge Diebolt
 
      > Serge Diebolt est le webmaster de SOS-Net, un des seuls sites couronné par la note maximale de 5 petits carrés orange sur laportedudroit (...et il y en a qui commettraient des bassesses pour les avoir!). sos-net propose gratuitement un contenu riche et fiable dans à peu près toutes les matières du droit (alors que d'autres font payer un contenu approximatif... enfin bref).
  Q : qui a eu l'idée de ce site? comment a-t-il été construit ?
 
      > L'idée est venue du temps où je travaillais avec le CNRS dans un labo d'informatique juridique. Internet, bien que familier des chercheurs, en était à ses balbutiements dans le grand public, et je cherchais un moyen d'utiliser au mieux ce nouveau media pour faciliter l'accès au droit par les justiciables. Au début il a été question d'interfacer un système expert développé au CNRS, mais je me suis vite aperçu que nous aurions de gros problèmes techniques de maintenance.

J'ai donc "réquisitionné" ma femme et nous avons commencé à construire un site utilisant un minimum de technologie, tout en html, expliquant de manière la plus simple possible un droit complexe à ceux qui avaient le plus de difficulté à y avoir accès : les étrangers.

SOS-Net est né ainsi ; l'association le supportant, Droit pour Tous, a été créée peu après car en France il est rassurant pour les tiers d'identifier des initiatives instutionnellement structurées.

Par la suite, d'autres juristes bénévoles nous ont rejoint et nous avons diversifié nos rubriques. Ce sont désormais eux qui font vivre et animent le site.
  Q : quelles sont vos sources documentaires ? comment mettez vous à jour ?
 
      > Nos sources sont puisées dans la documentation classique des cabinets d'avocats (la bibliothèque de l'Ordre à Paris nous a d'ailleurs été bien utile). Nous essayons de mettre un maximum de droit positif en ligne, mais tout est scrupuleusement rerédigé pour être accessible par le plus grand nombre. La mise à jour se fait simplement : chaque responsable de rubrique compose ses pages en html, et dispose du code d'accès ftp pour gérer ses pages. Pour ceux qui ne manipulent pas aisément le html, c'est encore moi qui assure la mise à jour et le suivi.
  Q : quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?
 
      > Nous avons eu de grandes difficultés à nous faire admettre du tissu associatif, et je crois que nous n'y sommes parvenus que parce qu'à l'époque, personne ne croyait à Internet. Nous avons désormais une crédibilité et une "place au soleil", mais la prise de conscience qu'une initiative citoyenne n'est tolérée que si elle n'empiète pas sur une "chasse gardée" associative a été pour nous source de nombreuses désillusions. A l'opposé le milieu des avocats, que l'on dit individualistes et fermés, nous a tout de suite très bien accueillis ; de nombreux confrères nous proposent souvent une aide désintéressée, et nous sommes parfois à la peine pour ne pas frustrer cette générosité spontanée.
  Q : votre site a t'il vocation à rester gratuit ?
        > Absolument, et compte tenu de l'évolution des choses, je ne vois pas pourquoi il en serait autrement. Dès l'époque où l'accès et l'hébergement étaient chers, nous avons eu le soutien du CNRS, puis d'une société nommée Brainstorm qui nous a offert un espace disque et un accès réseau illimités. Nous n'avons donc aucun frais technique, à tel point que même avec une cotisation plus que modique l'association s'enrichit.

Quant à l'alimentation en données, nos soutiens sont tous également bénévoles. SOS-Net a inauguré un nouveau modèle de serveur, où des professionnels dynamiques partagent leur savoir plutôt que de le faire payer. Ceci peut sembler paradoxal, mais cela crée plutôt un appel d'air qu'un tarissement au niveau du public. Bien sûr il faut aborder ses relations avec le Réseau sous l'angle de la solidarité, ce qui requiert du dévouement et parfois des nerfs solides, mais au final chacun en retire une grande satisfaction. L'apostolat de juriste prend alors tout son sens.
  Q : quelle est la rubrique dont vous êtes le plus fier et pourquoi ?
 
      > C'est et ce sera toujours la rubrique "droit des étrangers", pour laquelle nous avons fourni un effort extraordinaire et unique (8 mois intensifs à raison de 4 à 6 heures par jour ; nous avons englouti un été entier pour finaliser le serveur en septembre), portés par une mystique et l'entrain que confère la conscience d'accomplir une oeuvre socialement utile et nouvelle. A l'époque le serveur était construit avec des bouts de ficelle, mais la consécration est venue quand la Maison des Sciences de l'Homme, qui l'hébergeait, s'est fait attaquer par des gens d'extrême-droite. Nous avons déménagé SOS-Net et pris quelques précautions en termes de sécurité, mais nous savions que nous avions fait quelque chose (même si l'on a souvent confondu SOS-Net avec un serveur militant).
  Q : votre site a-t-il un défaut identifié? allez vous y remédier ?
 
      > Il a de nombreux défauts : une présentation et un fond peu homogènes, une structure assez fluctuante, une existence encore trop liée à celle de ses fondateurs, un nombre insuffisant de rubriques, et surtout le manque d'une permanence téléphonique, car Internet ne résout pas tout.

Quand nos occupations nous en laissent le temps, nous essayons de pallier ces manques, mais il est clair que pour y répondre il serait nécessaire de disposer de personnel à temps plein, ce que nous ne pouvons nous offrir, compte tenu de la légèreté de notre structure. Mais nous préférons rester petits, à l'échelle des citoyens que nous sommes. Nous voulons encore nous reconnaître en SOS-Net.
  Q : comment voyez vous le développement de l'internet juridique dans les mois à venir ?
 
      > A mon avis, comme le reste du Net : une élimination darwinienne laissant surnager les meilleurs, les plus économiquement viables et ceux qui ont le plus de capitaux (sans promesse de retour). En attendant le grand virage des éditeurs, quand il sera décidé de privilégier la forme électronique sur la forme papier, et surtout, surtout, une baisse significative des tarifs de Légifrance... Bref, quand sera privilégiée l'efficacité sur la simple existence ; alors je ne vois pas de raisons pour que le public ne suive pas.
  Q : quels sont vos propres projets de développement ?
        > Créer de nouvelles rubriques là où il n'y en a pas encore, finaliser celles qui sont en chantier, trouver de nouveaux collaborateurs qui partagent notre état d'esprit (ce qui n'est pas chose facile).
  Q : que diriez vous à un jeune webmaster qui débute ?
 
      > Privilégier le fond sur la forme, rester en permanence à l'écoute des attentes du Réseau, ne pas hésiter à oser et surtout, ne jamais rester seul dans sa tour d'ivoire. Internet c'est l'échange, toujours l'échange. Quand on est en phase avec l'esprit du Net, tout est possible.
  Q : quelle est la bonne question que nous avons oublié de vous poser ?
 
      > Eh eh, il n'y a de bonne question que pour celui qui ne connaît pas les réponses... Ceci dit, si vous me demandiez si l'Internet associatif et solidaire ne va pas finir par céder le pas face aux majors du droit je répondrais qu'à mon avis non ; l'internaute, en plus d'une présumée vache à lait, est aussi quelqu'un apte à partager un idéal, une démarche, une passion. Il y aura toujours de la place pour la générosité sur un Net marchand.
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