Avis du Conseil national de la consommation sur
l'amélioration de la qualité des prestations et de la tarification
des courses de taxi
A la demande de M le ministre de l'économie et des
finances, un groupe de travail du Conseil national de la consommation a
été conshtué le 11 janvier 1995 afin d'engager une
concertation entre consommateurs et professionnels sur la profession de "
taxi ".
Le groupe avait pour but :
-
d'étudier les moyens réglementaires et
volontaires qu'il conviendrait de mettre en uvre pour améliorer
la qualité du service rendu aux usagers, notamment en complément
des dispositifs législatifs ;
-
d'étudier la possibilité de renouveler la
tarification des courses de taxi en tenant compte des charges réelles
supportées par la profession et des contraintes de services auxquelles
elle est confrontée.
Le groupe de travail a tenu douze réunions de
février 1995 à juillet 1996. 11 était composé
des représentants des consommateurs, des administrahons concernées
et des membres de la profession représentant la plupart des partenaires
(artisans, sociétés et compagrues, syndicats de chauffeurs)
parisiens, de banlieue ou provinciaux.
Un rapport commun aux deux collèges a permis, en
premier lieu, de mettre en exergue des facteurs aboutissant à une
transformation importante des conditions d'activité de la profession
de taxi " :
-
la dégradation des condiùons de circulation
dans les grandes agglomérations, qui entraîne une diminution
de la rentabiÉté de I'activité et de la qualité
du service rendu ;
-
la concurrence croissante.des autres moyens de transport
que ne compense pas une certaine diversification de l'activité " taxi
" dans certains départements ;
-
I'évolution de la technologie de communication et
de repérage de véhicules ;
-
la modification des conditions d'accès à
la profession et la cessibilité des autonsations administraùves
accordées aux exploitants.
Par ailleurs, certains dysfonctionnements apparaissent
aujourd'hui très visibles, notamment en
lledeFrance :
-
le mauvais ajustement de l'offre et de la demande à
certaines plages horaires ;
-
une image de marque qui se dégrade en raison des
désagréments ressentis de façon différente suivant
qu'il s'agit d'une clientèle occasionnelle ou
régulière ;
-
un déficit de connaissance des souhaits de la
clientèle occasionnelle par la profession et une mauvaise connaissance
par les consommateurs des condidons d'utilisation du taxi.
A partir de ces objectifs et de ces constats, le Conseil
national de la consommation, dans le cadre de trois chapitres, émet
l'avis suivant :
1. Eléments pour la coordination des interventions
des autorités territoriales et pour l'adaptation
des zones tarifaires
Les intérêts bien compris des consommateurs
et des professionnels amènent à préconiser l'adoption
des mesures suivantes :
-
I'amélioration des conditions de circulation en
zone urbaine. Pour cela, il est souhaité que soient mulùpbés
et allongés les couloirs réservés aux véhicules
transportant du public et que soient développés les couloirs
à contresens de la circulation agrémentés d'encorbellements
d'arrêt dans les tronoirs. Par ailleurs, et d'une manière
générale, tous les couloirs réservés doivent
être accessibles aux taxis ;
-
I'adaptation des zones de prise en charge aux zones de
peuplement, étant entendu qu'audelà d'une certaine taille
des zones uniques de prise en charge engendrent de nouveaux
dysfonctionnements
-
la création de plusieurs zones uniques de prise
en charge dans la périphérie des
métropoles ;
-
une améliooration significative de la coordination
des pouvoirs de police dans les zones uniques de prise en
charge ;
-
une meilleure organisahon de la desserte des grands
équipements excentrés tels les aéroports, gares nouvelles,
centres de loisirs ou de congres.
Pour ce qui est de l'exercice des pouvoirs de police, le
Conseil national de la consommation demande que soit mise en place, par les
maires ou le préfet, lorsque celuici est compétent, une
concertaùon approfondie avec les professionnels du taxi et les
consommateurs afin de définir entre autres sujets :
-
le nombre et l'emplacement, I'équipement et la
signalisation des stations de taxis ;
-
I'accès par taxis aux grandes manifestations
publiques ;
-
I'organisation des aires de stationnement, des voies
d'accès et de dégagement des nouvelles réalisations
en cours ou en projet telles que stades, gares, aéroports,
etc.
2. Voies d'amélioration de la qualité des prestations
de taxis
Le Conseil national de la consommation souhaite, afin de
développer les services d'accompagnement des consommateurs, notamment
pour les personnes âgées ou handicapées,
que :
-
I'interdiction faite aux chauffeurs de quitter leurs
véhicules soit reconsidérée ;
-
que des aires pour de brefs arrêts soient
aménagées aussi souvent que possible sur les parcours
urbains.
En ce qui concerne les animaux, il est proposé
que :
-
le consommateur soit informé de la présence
d'un animal dans le taxi lorsqu'il appelle un central radio ou
téléphonique ou une borne et, s'il en fait la demande, de
l'acceptation ou non des animaux à bord ;
-
les chauffeurs acceptant sans réserve ou interdisant
les animaux soient signalés par un pictogramme ;
-
les animaux de petite taille en sac, harasse ou panier,
ainsi que les chiens d'aveugle ne fassent l'objet d'aucune restriction
d'acceptation.
En ce qui concerne le tabac, les véhicules " fumeurs
" et " non fumeurs " devraient être signalés par un
pictogramme.
En ce qui concerne l'utilisation des moyens techniques,
le Conseil national de la consommation recommande que :
-
les consommateurs puissent utiliser sans entrave les taxis,
y compris lorsqu'ils souhaitent se déplacer par groupe de quatre personnes
ou plus dans un même taxi ;
-
les taxis soient plus souvent reliés à un
standard téléphonique, notamment en région
parisienne ;
-
se développent les systèmes de positionnement
géostationnaire
-
les véhicules s'équipent progressivement
d'une impnmante permettant I'édition d'une facturette en lieu et place
de l'actuel bulletin de voiture et que le paiement par carte bancaire soit,
à terme, systématiquement accepté ;
-
la maintenance des bornes d'appel soit
assurée.
En ce qui concerne la mise en uvre de démarches
qualité le Conseil national de la consommation eshme qu'elles peuvent
apporter une grande amélioration à la qualité du service
et que, compte tenu du particularisme de l'acùvité, elles devraient
aboutir selon le cas :
-
à une certification de service ;
-
à une certification d'assurance
qualité ;
-
ou encore à un contrat pour l'amélioration
de la qualité.
En ce qui concerne l'information, il est
souhaité :
-
que l'ensemble des stabons soient équipées
d'un panneau d'information indiquant les droits et devoirs des taxis, les
zones tarifaires, les barèmes en vigueur, un schéma explicatif
de l'horodateur, s'il y a lieu, les numéros de téléphone
des bornes d'appel proches et des professionnels (standards et autonomes)
autorisés à stationner dans la zone, ainsi que l'adresse et
le numéro de téléphone ou l'on peut adresser les
éventuelles réclamations ;
-
que les informations essentielles pour le consommateur
(mode de calcul du prix de la course, cond tions de chargement, voies de
recours) soient disponibles dans tous les taxis exerçant en France
et qu'un déphant reprenant toutes ces informations soit à la
disposidon des passagers ;
-
que les vitrophanies présentes dans les taxis parisiens
soient généralisées et que leur lisibiLté soit
améliorée ;
-
qu'en attente de l'équipement en imprimantes des
véhicules, la lisibilité des billets de voiture soit rapidement
améliorée.
Par ailleurs, il est souhaité que des campagnes
d'information sur les services rendus par les taxis, la composition des prix,
les moyens de trouver un taxi, les obbgabons de prise en charge soient
organisées notamment par lès médias, les collectivités
locales en coordination avec les comités dépanementaux de la
consommation.
3. Voies d'amélioration de la tarification des courses et de
la transparence des prix
Le Conseil national de la consommation a largement
envisagé les différentes possibilités d'ordre tarifaire.
Bien qu'une divergence entre les deux collèges ait été
constatée sur la mise en place d'un tarif " heure de pointe ", le
Conseil national de la consommation est arrivé à un large consensus
sur des proposidons auxquelles il souhaite que des suites concrètes
soient rapidement données.
Le Conseil nabonal de la consommation estime qu'un meilleur
équibbre des tarifs permettra, sans hausse moyenne du prix des courses,
d'accroître ou de maintenir l'offre de taxis.
A cet effet, le Conseil national de la consommation
propose :
-
que les courses d'approches soient facturées au
tarif le plus bas (tarif A), sur l'ensemble du territoire, de jour comme
de nuit, y compris les jours fériés ;
-
qu'un minimum de perception soit appliqué, sans
incidence sur le prix des courses d'un montant supérieur. Ce minimum
de perception pourrait être fixé à 35 F et devrait être
réévalué dans les mêmes proportions que les bases
tarifaires (prise en charge, indemnité kilométrique,
indemnité horaire) ;
-
que la valeur de l'heure d'attente ou de marche lente soit
relevée de 15 F ;
-
que les suppléments " gare " soient
supprimés ;
-
que le supplément " bagages " ne soit plus perçu
pour les deux premiers bagages ;
-
qu'un supplément audelà de la
troisième personne soit appliqué pour chaque personne
transportée ;
-
que l'ensemble des suppléments s'affichent sur les
compteurs et apparaissent sur le ticket délivré au
passager
-
que l'ensemble des proposidons tarifaires cidessus
s'appliquent sur l'ensemble du territoire.
En outre, pour les taxis exerçant en province, le
Conseil national de la consommation propose que soient appliquées
les mesures suivantes :
-
maintien d'une tarification à quatre niveaux distinguant
les courses circulaires et les trajets imposant un retour à vide,
ainsi que les périodes d'activités
nocturnes ;
-
définiùon uniforme sur tout le territoire
de la course circulaire celleci représentant un parcours avec
retour du client à son point de départ ou à proximité
de celuici ;
-
baisse du tarif le plus élevé (tarif D) de
l'ordre de 10 p. 100, soit par diminution du coefficient de majoration de
ce tarif par rapport au tarif B, soit par diminution de 50 p. 100 à
35 p. 100 de la majoration des courses nocturnes circulaires, afin de rendre
plus abordable le prix des courses nocturnes avec retour à vide sans
empêcher l'existence d'une offre de taxis adaptée.
Enfin, dans les zones où coexistent des offres de
taxis à des tarifs différents, une tarification unique doit
être appbquée, ce qui suppose pancipalement I'unification, à
terme, des régimes administratifs d'exploitation des véhicules
concernés.
Comme prévu par le mandat du groupe de travail,
ces propositions devraient faire l'objet d'une expérimentation visant
à évaluer leur impact au regard des objectifs
poursuivis.
Cene expérimentation devrait se dérouler
en 1996, les partenaires devant se retrouva en 1997, si ces propositions
devaient engendrer de graves difficultés d'application.
Professionnels et consommateurs souhaitent être tenus
informés des projets de réforme de la tarification et que leurs
avis soient recueillis de façon préalable.
Les membres du Conseil national de la consommation,
réunis en formation plénière le 7 octobre 1996, ont
adopté 1'avis moins une voix contre et quatre abstentions pour le
collège des consommateurs et usagers, à l'unanimité
pour le collège des professionnels.