Groin, Groin
Il y a en Bretagne environ quatre cochons pour un breton, ce qui est beaucoup même en terme de capital culturel.
Entre lisier et marée verte, la Bretagne en subit les conséquences : 43.000 m3 d'algues vertes ont pollué l'an dernier les côtes bretonnes ; l'azote et le phosphore polluent les terres cultivées et l'eau devient imbuvable du fait d'une teneur en nitrates supérieure à la limite maximum autorisée. D'ailleurs, la Commission Européenne a engagé une action en justice contre la France pour non respect des normes de qualité de l'eau potable dans trois départements bretons.
Les responsables désignés : les céréaliers qui répandent dans leurs champs le lisier, trop contents d'avoir là un engrais gratuit sous la main et les Èleveurs porcins qui doivent bien se débarrasser du lisier comme ils peuvent, à savoir n'importe où ; en volume, cela représente l'équivalent d'un Torré Canyon ou d'un Amoco Cadiz de déjections. On n'en regretterait presque les marées noires ; au moins le pétrole fait avancer les voitures. D'autant plus que l'agriculture en cause, productiviste et industrielle pour l'essentiel, produit des animaux dont la qualité n'est pas forcément au rendez-vous sans compter les risques de maladie de Creutzfeld-Jacob du fait de l'utilisation de farines carnées dans l'alimentation des porcs, même si la maladie n'a pas été démontrée expérimentalement chez ces animaux. Le tout avec la bénédiction de certains syndicats agricoles - FNSEA en tête, chantage à l'emploi rural à l'appui - et des Pouvoirs Publics dont on rappellera que les ministres intéressés par la question porcine, à savoir Le Pensec, Lebranchu...sont bretons. Considérant leur proportion à être ou à redevenir des élus locaux et le clientèlisme ordinairement électoral des politiques (cf. récente extension de la période de chasse pour faire plaisir au chasseurs-électeurs), les cochons ont encore de beaux jours pour couiner tranquilles.
A titre de preuve supplémentaire, on remarquera qu'à peine créée par la loi, la nouvelle Agence française de la sécurité sanitaire dont la mission est de faire croire au français que les Pouvoirs publics se soucie plus de leur santé que des intérêts entrepreuneuriaux de la maison France (rappelons entre autre que la France vient d'autoriser la culture de 2 nouvelles espèces de maîs transgéniques dont une comportant un gène marqueur de résistance à certains antibiotiques alors que la conférence des citoyens* du 22 juin dernier a demandé un moratoire sur ce sujet), provoque des vagues de lisiers, les élus bretons et le lobby agro-alimentaire désirant voir cette agence implantée en Bretagne... tiens donc. A l'exemple du centre national d'études vétérinaires et alimentaires implanté précisément en Bretagne, entre cochons (58 % de la production française), dindes et dindons (50 % de la production française), poulets (47 % de la production française) et aussi bretons. De quoi forcer la discrétion des scientifiques et influencer les études et contrôles.
Mais le pire serait à venir. Foin des 600.000 tonnes de porcs en excédent par rapport aux besoins de la consommation et de l'exportation, le lobby syndicalo-porcin cherche de nouvelles régions où s'implanter et exporter son modèle d'élevage. D'ors et déjà, Creusois et Lotois sont investit. Les autres ont peur.
Demandons l'application du principe pollueur = payeur, à savoir l'intégration des porcheries industrielles dans le dispositif des agences de l'eau et le paiement par les intéressés d'une redevance y afférent, leur accréditation obligatoire sur la base des normes environnementales ISO 14000 et la mise en place d'une filière de traitement structuré des déjections porcines.
* Nouveau phènomène consultatif dans les
démocraties-marchés inspiré du modèle proverbiale
"cause toujours".
Etienne Defrance - Droit pour
tous - 1998