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Un consumérisme de révérence

La logique économique libérale dominante, fondée sur la concurrence et la capacité autorégulatrice du marché, porteuse d'efficacité pour ses promoteurs vient de franchir une nouvelle étape avec la restructuration de la DGCCRF autour de sa nouvelle direction de la régulation du marché. La concurrence et la consommation sont désormais déréalisées dans le circuit marchand au profit de la notion de marché ; la réglementation - un vocabulaire de flibustier contraire à la marchandisation de la société - disparaît en faveur d'une simple régulation du marché, plus conforme aux exigences des appariteurs de l'ordre nouveau.

L'action transformante de la DGCCRF vise en fait à mettre en question toutes les structures collectives capables de faire obstacle à la logique de marché, collectifs de défense des consommateurs entre autres et pour ce qui nous intéresse. Elle prend appui sur les fonctionnaires zélotes, hauts et bas, d'autant plus indifférents aux risques de leurs choix qu'à la différence des salariés du privé, ils ne courent pas le risque d'en payer éventuellement les conséquences.

Soumise aux impératifs européens et aux exigences en découlant comme autant de maladies auto-immunes, la DGCCRF devient ainsi le sous traitant des intérêts entrepreneuriaux et exploite les compétences et moyens des associations de consommateurs, sous prétexte de financement, d'ailleurs de plus en plus réduit, au profit des intérêts des entreprises. Inflation de réunions, recherche forcenée du consensus, le consumérisme français n'a de droit de cité qu'à partir du moment où il ne remet pas en cause les fondements même de la consommation et la capacité des consommateurs à dépenser plus. Niant tout discours ne rentrant pas dans le rang, appréhendé comme l'expression d'une rétrogradation subversive capable de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche de la maximisation du profit institué en modèle de rationalité, l'administration tutélaire des associations de consommateurs fait signer aux associations de consommateurs des conventions d'objectifs, pendant du versement de subventions-pitance leur revenant du fait de leur mission d'intérêt général. Chosifiées par la précarisation de leurs moyens d'existence et par la menace permanente de leur mise à mort, elles réagissent malheureusement devant cette imposition fonctionnelle intrusive et aliénante avec au pire une impotence sclérosante, au mieux avec le cynisme de celui qui se jetant du haut d'un l'immeuble répète à chaque étage : "jusqu'ici, ca va".

Ces forces de "conservation" doivent pourtant se sortir de leur gangue mortifère, devenir des forces de résistance et travailler à inventer le Pouvoir consommateur de demain faisant place à des collectifs refusant la compromission du consensus dans les réunions tripartite Administration/Professionnels/Consommateurs, dénonçant et dénigrant sous peine de diffamation et de poursuites les pratiques anticitoyennes des entreprises, radicalisant leurs actions par des "happenings". Le refus de cette machiavélisation du discours consumériste pourrait à court terme coûter cher au mouvement consommateur. A ne pas utiliser les armes de la guerre, il restera ce qu'il est aujourd'hui : un couteau sans lame auquel il manque le manche.


Etienne Defrance - Droit pour tous - 1998