Un mouvement répondant aux attentes des consommateurs...
Un sondage réalisé par la Sofres en septembre 1996 révélait que 74 % des sondés déclarent faire confiance au Mouvement consommateur Ce fort courant de sympathie est la preuve que les consommateurs ont besoin d'un contrepoids leur permettant d'utiliser au mieux leur pouvoir d'achat et de développer leur capacité de choisir.
... disposant de moyens juridiques importants au service de missions importantes ...
Les associations de consommateurs remplissent diverses fonctions : elles font entendre la voix des consommateurs, les représentent dans divers organismes publics, semi-publics ou privés (1.200 réunions par an au niveau national), elles informent (100 essais comparatifs par an) et conseillent les consommateurs (4000 permanences locales pour plus d'un million de litiges gérés par an au cours de 500000 heures de permanences) et agissent en justice dans l'intérêt collectif des consommateurs (4 types d'action : suppression des clauses abusives, action en représentation conjointe, action civile aux côtés d'un consommateur, action pénale dans l'intérêt collectif des consommateurs),
...mais souffrant d'un manque de financement pérenne...
La multiplicité des actions à engager implique la mobilisation d'importants moyens matériels et humains compromis par des moyens financiers réduits : de 1992 à 1997, les subventions gouvernementales aux organisations de consommateurs ont diminué de 43 %, celles alloués à l'INC de 47 %. Pourtant les besoins de financement sont évalués à 120 MF, soit ... 2 F par habitant et par an ! De plus, toute demande de taxe parafiscale ou de fonds commun destinés au mouvement consommateurs ne trouve pas d'écho positif au niveau étatique. Le mouvement consommateur devrait savoir en tirer les conséquences sur l'intérêt de son institutionnalisation et radicaliser son discours en privilégiant l'action contestataire (boycott/buycott, journée sans consommation, multiplication des action en justice)
... et d'une absence de relais politique et médiatique...
Il y a 58 millions de consommateurs en France et pourtant il n'existe pas de ministère qui ait en charge le portefeuille de la consommation à titre exclusif ou privilégié, les expériences passées ayant été erratiques ou sous couvert d'intérêts entre lesquels il fallait arbitrer.
... et d'un manque d'unité et d'action...
19 associations de consommateurs, soit pratiquement autant que dans le reste des pays européens, qui pratiquent un consumérisme de conseil et de consensus, voire de révérence là où le consumérisme anglo-saxon est plus radical, revendicatif et lobbyeur.
... qui doit faire face à des défis nouveaux...
A la poursuite de missions traditionnelles et historiques (information, réunions, traitement des réclamations...), le mouvement doit faire face à de nouveaux défis :
- l'exclusion (1 français sur 2 est en situation de précarité économique, CERC) et la dualisation de la consommation entre les "jeunes et les vieux" aux consommations antinomiques dans leur montant comme dans leur nature posent la question de savoir comment le consumérisme du 21ème siècle peut s'adapter à cette donne économique et sociale. Doit-il se transformer en cellule de conseil aux surendettés et aux exclus tout en développant l'aide à la gestion patrimoniale en faveur des épargnants ? Le passage à l'euro s'ajoutant à ces défis complexifie cette donne.
-Les structures de consommation qui se modifient : la consommation du prochain siècle ne sera pas celle d'aujourd'hui : "l'hyper-choix" découlant de la mondialisation et du productivisme rend l'acte d'achat de plus en plus scientifique et le réserve à un consommateur averti que doit guider le mouvement consommateur, la science sans conscience de l'homme qui maîtrise l'atome (énergie nucléaire) ou la génétique (les OGM) mais sans échapper à ses catastrophes (viande folle, hormones, nitrates, pollution...) obligent ou devraient obliger les associations de consommateurs à s'investir dans de nouveaux métiers et de nouvelles batailles, notamment l'environnement et la santé (quels hopitaux, quels médicaments pour demain et à quel prix ?) sans oublier le droit à l'habitat dans un environnement sans risque juridique (enquête publique dans les projets d'urbanisme), physique (le droit à la sécurité) ou morale (droit au calme) .
- La naissance d'une consommation tribale, individualiste mais responsable:
le consommateur d'aujourd'hui est hérisson. Insaisissable par les
mercaticiens, il ne répond plus aux canons de l'acheteur asservi par
la publicité ou les modes. Il est devenu économe, rationnel
et prudent à la faveur d'une crise qu'il sait désormais permanente
(succès des hard discounteurs et des soldes) ; il est devenu responsable
en humanisant sa consommation (refus du travail des enfants) et en la socialisant
(consommation de produits français ) ; il est devenu individualiste
dans sa consommation privilégiant une consommation très
segmentée conforme à son image et au champ social qui se
délite tout en exprimant un besoin de reliance (téléphone
mobile, internet). Le consumérisme du 21ème siècle devra
accompagner cette quête pour une consommation durable, cete volonté
de rassurance et des thèmes qui y sont associés : terroir,
qualité des produits et services, solidarité ; ce souhait d'une
aide à la consommation (essais comparatifs, identification des bons
professionnels) sauf à se déconnecter du réel de ses
mandants.
Etienne Defrance - Droit pour tous - 1998