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Panique chez les nucléocrates



A EDF, fourrier du nucléaire, l’hiver a été rude. Pas tant du fait de considérations météorologiques que des événements concernant le nucléaire et l’avenir de la filière.

Et pour cause, au délicat et traditionnel problème du stockage des déchets nucléaires et de son coût, toujours sans solution, s’ajoute de façon récurrente et inquiétante des incidents rendus public moins par une meilleure et souhaitable transparence des autorités compétentes en matière nucléaire que par une vigilance plus soutenue de ses détracteurs dans un contexte de démythification de la culture énergétique unique : convois contaminés transportés par la SNCF en direction de la Hague, fuites à répétition (La Rochelle, St Aubin, Itteville...) y compris du porte-avions Charles de Gaulle, accroissement de l’indisponibilité du parc nucléaire pour entretien et rechargement, imbroglio vaudevillesque et coûteux pour la fermeture de Superphoenix, manque de compétitivité de l’énergie nucléaire...beaucoup d’éléments qui mine les certitudes de l’opinion publique et menace le tabou de l’excellence du choix français pour son indépendance énergétique (Sondage BVA : 73 % des sondés ne souhaitent pas la construction de nouvelles centrales, Les Echos 10 février 1999). Mais, il y a beaucoup plus grave pour ses thuriféraires : après les Suisses, les Autrichiens et les Suédois, l’Allemagne a décidé au début de l’année d’interdire le retraitement des déchets nucléaires à l’étranger à partir du 1rer janvier 2000. Même si elle est revenue sur sa décision récemment, la volonté est là et le pavé dans la mare éclabousse le nucléaire français.

On comprend dès lors mieux les efforts déployés par EDF et ses appariteurs (COGEMA, CEA, IPSN...) pour influencer les opinions et les législateurs au moyens d’annonces sécuritaires en direction du public et de pressions à l’égard des pouvoirs publics : plan de propreté nucléaire dans les centrales (Le Monde du 15 janvier 1999), « intox. verte » de la Cogema assimilant l’uranium retraité le verre recyclé, tentative d’imposer de nouvelles normes de radioactivité acceptable... c’est comme un vent de panique qui souffle sur le lobby français du « tout nucléaire ». On s’en satisfera car pour les consommateurs, le nucléaire représente avec l’alimentation transgénique le danger le plus important pour la santé publique. Les rapports du gène et de l’atome sont d’ailleurs ambivalents comme le montre les études du service central de protection contre les rayonnements ionisants (devenu l’OPRI en 1994) : en mai 1986, avec le nuage de Tchernobyl, 80 % de la contamination des français s’est faite par consommation de denrées contaminées. Certains savaient mais il convenait de protéger l’image du nucléaire, le tourisme et la production agricole. Qu’il s’agisse de vache folle, d’amiante ou de sang contaminé, la protection de la santé publique n’est une priorité qu’à compter du moment où ses conséquences économiques ne compromettent pas les intérêts entrepreneuriaux et la croissance économique. On comprend l’unanimisme de la classe politique, les Verts exceptés, lors du récent débat parlementaire sur l’avenir de la filière nucléaire en faveur de ladite filière afin de rassurer les industriels ainsi que la publication opportune du rapport publié le 2 février dernier dans le cadre de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) qui, sous couvert de compétitivité économique, recommande au gouvernement de lancer dès cette année la construction d’un prototype de centrale atomique baptisé « EPR » en compensant les coûts d’une mise en service anticipée de 5 ans par rapport aux besoins d’EDF qui dispose déjà de surcapacités en matière de production de courant (Les Echos, 3 février 1999).

Compétitivité, mais pour qui ?

Pour les finances publiques ? si les prix comparés de l’électricité d’origine nucléaire et du gaz sont équivalents, entre 18 et 20 centimes le kWh pour le nucléaire et entre 16, 5 et 20,5 centimes pour le gaz (source : OPESCT, étant observé que la COGEMA a refusé de fournir à l’office l’ensemble des coûts du retraitement des déchets nucléaires et notamment ceux du combustible mixte uranium-plutonium...), c’est sans compter le coût induit par le renouvellement du parc nucléaire, les calculs de l’Office ayant été réalisés, à l’instar de ceux qui ont conduit le législateur de 1991 a voté la loi du 31 décembre 1991 relative aux recherches sur la gestion des déchets radioactifs, sur le fondement des volumes de déchets existants et non ceux occasionnés par le renouvellement du parc nucléaire, ni ceux qui il faudra gérer dans 50 ans si l’on remplace aujourd’hui les anciennes centrales (Rapport de l’Agence pour l’énergie nucléaire, « Déclassement des énergies nucléaires », OCDE, Paris, 1991).

Pour les consommateurs ? Leurs finances ? très utilisé dans les logement sociaux et locatifs, son coût d’achat et d’installation étant faible pour les organismes bailleurs, le chauffage électrique est jugé trop cher par de nombreux locataires. D’ailleurs 120.000 propriétaires utilisateurs abandonnent chaque année cette énergie. L’analyse fine des causes du surendettement montrent en outre que les impayées du logement constituent des dettes pour lesquelles il est fait appel aux commissions du surendettement, sans compter tout ceux qui ne chauffent pas ou mal leur logements... Bien entendu, cet aspect social du coût du nucléaire n’est pas pris en compte dans son coût.

Leur santé alors ? les coûts résultant d’un possible accident nucléaire ont été évalués tant par la Commission Européenne que par l’Office français à moins d’un centime par kilowattheure. Qu’en sait-on ? observation étant faite que de toute façon, il n’est pas tenu compte de la pollution générée par les accidents et les déchets en déca d’un seuil d’exemption de comptabilité pour le relèvement « raisonnable » duquel milite, loin du regard des citoyens, le lobby nucléaire, la raison en question étant appréciée au regard de ce qui est possible dans les cadres actuels de l’économie et de la technologie sachant que c’est l’Institut de Protection et de Sécurité nucléaire (filiale du CEA) qui propose au Gouvernement les seuils de ce possible. En attendant, à l’heure du sang contaminé, les cancers de la thyroïde en Champagne-Ardenne sont en hausse de 100 % chez les hommes et de 300 % chez les jeunes de 12 à 19 ans sur la période 1986-1996 (Charlie Hebdo - 6 janvier 1999). A suivre...pour ceux qui pourront.


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