Peut-on contester l'exécution de travaux inutiles, même s'ils
sont votés ?
Base légale : art.
34,
42 Loi 10 juillet
1965
L'article 34 de la loi permet à tout copropriétaire
opposant de saisir le tribunal de grande instance en vue de faire
reconnaître qu'une amélioration décidée présente
un caractère somptuaire eu égard à l'état, aux
caractéristiques ou à la destination de l'immeuble.
Il faut donc :
-
que vous soyez opposant (attention, sont exclus les défaillants)
-
que les travaux votés constituent une amélioration
-
qu'elle présente un caractère somptuaire, c'est-à-dire
exagérément dispendieux. Or, définissant la destination
de l'immeuble, l'article 8
alinéa 2 de la loi de 1965, y inclut les caractères et
la situation de l'immeuble.
Ce dernier point pose difficulté, tant à la jurisprudence
qu'à la doctrine.
-
une amélioration peut être contraire à la destination
de l'immeuble sans être somptuaires eu égard à son standing
(installation d'un parking à la place d'un espace vert dans une
copropriété caractérisée par son calme absolu)
; de même chaque fois que le confort entre en contradiction avec
l'esthétique extérieure.
-
Les cas d'esthétique intérieure sont les moins
problématiques, et justifient quelques assouplissements au
bénéfice du confort.
Ainsi il a été jugé que l'installation d'un cinquième
ascenseur dans un immeuble situé dans un quartier recherché
alors qu'il en possède déjà quatre, constitue un
investissement contribuant à sa plus-value et à celle des
appartements desservis par l'ascenseur litigieux et n'a donc pas un
caractère somptuaire (CA Paris, 1re ch. urg., 19 nov. 1992 : Rev.
administrer, août-sept. 1993, p. 48). De même pour l'installation
d'un interphone, qui n'a d'autre but que d'améliorer les facilités
d'accès à l'immeuble dans de meilleures conditions de
sécurité (TGI Paris, 24 mars 1977 : D. 1978, IR, no 19, p.
119).
Vous devez agir dans le délai de deux mois prévu à l'article
42, alinéa 2, et être dirigée contre le syndic .
Pendant la durée de la procédure, la décision
d'amélioration ne vous est plus opposable. Aucune participation ne
peut donc vous être demandée pendant toute la durée de
l'instance et jusqu'à ce que le tribunal ait statué.
Si le tribunal rejette votre demande, la décision d'amélioration
vous redevient opposable, et vous êtes tenu de toutes les obligations
qui en découlent.
Si, au contraire, il accueille votre demande, la décision
d'amélioration vous devient alors définitivement inopposable.
Vous, et vous seul, n'aurez rien à payer. la résolution
de l'assemblée continue toutefois de produire ses effets à
l'égard des autres copropriétaires dont la charge va, du fait
du retrait de votre participation, se trouver augmentée.
© Serge DIEBOLT
- Avocat à la Cour - "Droit pour Tous" - 2001